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Charly (Rémi Karnauch/Phil Baron, int. Emmanuelle Grangé), extrait du cd Je vous parle de qui


Les images s’agitent sur l'écran pendant que j’attends Charly. Je l'attends avec Anita. La journée se termine. Elle tend la main. Je la sens contre moi. J'aime la toucher. Parfois jusqu'à une heure, deux heures du matin, toutes les deux sur le canapé. Quand j’attends Charly, je n’ai plus d’âge. Anita fume, boit. Elle me dit : « Ma chérie, ce n'est pas raisonnable, il faut aller te coucher. » Anita... jusqu'à ma chambre. Je pose le doigt sur son front. Charly aime les pensées d'Anita. Si je peux la faire rire comme lui, je suis contente. Anita s’éloigne. Je prends mon ours en peluche, je fais l’enfant. Mon âge s'est perdu dans l'attente que j'ai de Charly. Mes yeux se sont fermés, un rire vient les rouvrir.
Charly est rentré, il s'avance dans l'entrée. A son rire répond une voix sucrée. Charly le Conquérant n’est pas seul. Tellement beau mon démon. Parfois je pense que je vais mourir.
Mon héros est comme un rocher. Il laisse l’océan le frapper. Il ne répond pas. Il s'érode, il vieillit. L’élégance, c'est de se taire. Laisser les rides le détruire de l'intérieur. J'attends sa ruine. Je la guette. Une guerre. C’est moi qui la subis, détruite d’un jour à l’autre. Charly me dit qu'il nage dans le bonheur. Le bonheur est liquide. Je pleure de bonheur. J’apprends à ne plus le quitter. Je lève sa main, je referme mon poing. Noyée au milieu des gens, je ne le perds pas. Charly n'est pas si grand vous savez. Parfois il ne rentre pas. Il laisse passer une nuit, deux nuits sous son ventre. Nos yeux sont ouverts. Ceux d'Anita, les miens. Qu'est-ce qu'il se passe? Elle me demande ça, dans le couloir, elle le demande un peu partout, aux endroits où nous nous croisons. Elle est comme folle, elle se met des bigoudis pour calmer ses mains. Elle se prépare un plat, le met à la poubelle, elle se coupe les ongles, les mange. Elle fait semblant de se tromper, entre dans ma chambre, s’allonge à côté de moi. Ma chérie, ma douce cinglée, Elle rit. J’aime l’entendre rire. Elle se croit l’amante de Charly. Peut-être, parfois, Charly est un homme facile, peut-être parfois entre deux nuits, et ce n’est pas le jour, Charly l'aime-t-il. Un matin, j’ai dit à Anita: « Tu sais, je finirai par ne plus l'attendre, je prendrai un bateau; il ne me reverra plus. » Anita ferme les yeux, je la caresse. Elle fait quelques remarques sur le désordre de ma chambre, ma chemise de nuit froissée, mes petits seins qu’elle effleure. Ma petite chérie. J'écoute à travers sa voix l'amour de Charly qui la transforme.
Anita aime Charly. Certains soirs, elle va le retrouver. Quand il rentre seul, j'entends son sourire. Il demande si j'ai bien fait mes devoirs. Il sourit. Anita lui répond. Oui, elle sait ses leçons, elle sait ce qu'elle doit savoir, elle n'a pas besoin d'apprendre ce qu'elle ne sait pas. Elle se moque un peu de moi. Le rire de Charly. Je le vois aussi. Le costume froissé, les rides profondes, les yeux des femmes, qui lui inventent sa beauté. Son odeur de tabac et de fatigue. J'allume toutes les lumières. Tout l'artifice des trompettes de brume. Je tousse, et, si la nuit exagère, j'ouvrirai la porte jusqu’au jour où il s'approchera de moi, je le toucherai.
Charly a déposé sa veste sur le dossier de ma chaise de travail. Je lui entoure le cou. Il me demande si j'ai bien travaillé.
Charly ne cesse d’embellir tandis que j’approche de ses lèvres. Charly ne sait pas résister. L’homme facile nous appartient.
— Écoute, tu es une grande fille.
Une grande fille toutes les nuits attend Charly. Anita me demande d’éteindre la lumière, mais je ne lui obéis pas. Je la regarde quand je forme les mots qui parlent de Charly. Je continue d'écrire, je n’arrêterai jamais.

La cicatrice est débranchée, et elle palpite.
(R. K)
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