Nous nous levons vendredi sans savoir encore si nous partons l'après-midi ou le lendemain... En effet depuis deux ou trois jours ça discute sec à ce sujet, en raison des prévisions météos changeantes et vaguement menaçantes. C'est pour cette raison que j'ai emmené les enfants au cinéma jeudi (initialement j'avais prévu d'y aller vendredi). C'était mon petit cadeau de Noël avant Noël : invitation pour aller voir "Raiponce", le dernier Walt Disney dont j'ai entendu beaucoup de bien.

Nous sommes passés à la médiathèque pour rendre les livres juste avant, et c'est avec délices que nous pénétrons dans une salle quasiment vide, où il n'y a que deux autres personnes.

Je ressors trente secondes pour aller chercher deux réhausseurs pour les petits, et là je vois arriver une horde d'enfants : je crois qu'il y a une école du Mans qui a eu la même idée que nous ! XD
Avant le film je distribue aux enfants des petits sachets que j'avais préparés ce midi pour eux : comme ils passaient leur temps à se chicaner autour du calendrier de l'avent pour avoir les bouteilles de coca ("passque les bananes c'est pas booon"), j'en ai acheté un paquet hier et j'ai fabriqué pour chacun un petit sachet. Comme ça, pour une fois : pas de jaloux !

Nous passons un bon moment avec ce film (peut-être un poil trop de chansons, comme dans tous les Disney, mais pas mal de choses très drôles), et un sacré fou-rire m'attendra à la sortie : comme je suis une fille très soucieuse de l'ordre et du rangement (surtout quand ce n'est pas chez moi!), je prends les deux réhausseurs à la fin de la séance pour aller les reposer là où je les ai pris (dans le hall d'entrée du cinéma). Sauf que, après avoir arpenté des couloirs et passé une porte, nous nous retrouvons... dans la rue ! Bien évidemment la porte claque derrière nous et ne peut être rouverte : nous voici donc de l'autre côté du pâté de maisons, avec les deux réhausseurs à la main. Nous en serons quittes pour refaire tout le tour, par la rue, re-rentrer dans le cinéma, et aller poser les réhausseurs au milieu du hall sous le regard interloqué de la caissière ! XD
Pour vendredi, j'ai préparé la journée de classe en fonction de cette variable inconnue qu'est le moment du départ, en mettant au maximum les choses "obligatoires" le matin. Le démontage suit son cours dehors, pendant que j'essaie d'avancer autant que possible avec Augustin car le lourd programme qu'il a avec le CNED ne nous a pas permis de prendre de l'avance : il aura pas mal de boulot pendant ces quatre semaines de pause. A midi Gino vient me prévenir que Carole et lui pensent partir dans l'après-midi car la météo annonce de la neige chez eux la nuit et les jours suivants. Didier me confirme la nouvelle pour tout le monde peu après : nous devons partir à 16 heures. Branle-bas de combat, il ne va pas falloir perdre de temps ! Je bats mon record de vitesse pour engloutir mon repas et pars vite au camion : vider les toilettes (tiens donc comme c'est original!), débarrasser l'arrière pour que Didier puisse y ranger leurs affaires, faire les sacs des enfants... Je les reprends cinq minutes pour distribuer les derniers bonbons du calendrier de l'avent, puis je laisse partir les trois petits. Léon et Augustin resteront un peu pour terminer un travail : je les aide, tout en faisant les sacs, terminant la vaisselle, préparant le cahier d'écriture de Firmin pour qu'il continue d'écrire régulièrement pendant la pause... En plus comme nous sommes là depuis un mois j'ai bien eu le temps de m'étaler, de mettre des affaires partout et de perdre les bonnes habitudes pour tout bien accrocher et vérifier... Je sens que je n'échapperai pas à un oubli de quelque chose que je retrouverai par terre à l'arrivée ! Je finis par être prête à temps, je sors et tombe sur Hélène qui est elle aussi dans le speed des préparatifs : elle attend désespérément la fin de son lave-vaisselle pour pouvoir débrancher l'eau et l'électricité. Comme je suis branchée sur la même source qu'eux, je dois moi aussi attendre. Tout à coup, son visage s'éclaire, comme frappé par une illumination.

Elle : Eh, mais tu rentres aux Godeaux, toi aussi !
Moi (je ne sais pas pourquoi, cette question m'inquiète vaguement) : Euh... Oui, pourquoi ?
Elle (grand sourire enjôleur) : Bin parce qu'on a un souci. Marlène devait conduire le Vito de Bastian pour rentrer mais elle est tombée de l'escalier de son camion ce matin. Au début ça allait, mais là elle a de plus en plus mal et ne peut pas conduire, donc on va être obligés de faire un double voyage pour revenir le chercher ici... Sauf... si tu pouvais le conduire...
Moi (alerte rouge, vite, trouver quelque chose, "j'ai décidé de rester au Mans, finalement", "je ne vous l'ai jamais dit mais en fait je n'ai pas mon permis", "je viens de boire un litre de vodka", "j'ai piscine cet après-midi", "je suis atteinte de narcolepsie lorsque je conduis plus d'un quart d'heure"...) : Euh... Bin... Je ne suis pas sûre d'être très douée dans un convoi, ça se trouve je vais vous perdre, je sais pas...
Elle (re-sourire enjôleur) : Ne t'inquiète pas, si tu veux on ne suit pas le convoi des camions, on se fait un convoi de voitures, tu me suis et j'irai doucement.
Moi (sourire pas crispé du tout) : Bin... Oui, d'accord, alors !
Elle : Ah, super, je vais le dire aux autres, ça nous arrange drôlement tu sais !

Bien bien bien... Ne pas paniquer... Je sais conduire, c'est pas un gros machin, le Vito, c'est presque comme une voiture ("Ouais ouais, c'est ça, ils disaient pareil avec le Master je te rappelle!" me sussurre une petite voix mesquine!). Je vais y arriver, il n'y a pas de raison... J'ai juste une subite envie de prendre un marteau pour me casser le tibia, comme au collège quand c'était la journée où en sport il fallait passer devant tout le monde pour présenter son enchaînement de gym au sol. Mais je vais y arriver ! (auto-persuasion, auto-persuasion)
Quelques minutes plus tard Bastian me dit "Alors c'est toi qui conduit mon Vito, c'est ça ?". Suis-je paranoïaque ou y a-t-il réellement une pointe d'angoisse dans sa voix ? "Euh... oui." (avoir l'air détendue, surtout, ne pas rougir, ne pas roug... arf, trop tard) Il me montre le fonctionnement (non bin c'est bon, quand même, c'est pas parce que j'ai la phobie des véhicules inconnus que je ne sais pas trouver les essuie-glace!), notamment un truc très bizarre, dont je n'avais même jamais entendu parler : le frein à main qui est en fait un frein à pied ! Eh oui, rien à tirer avec la main droite, mais une pédale à enfoncer du côté gauche, et un loquet sur lequel il faut tirer pour l'enlever. Il me rappelle également que la pédale de frein a son caractère ("Non mais il freine bien, hein, c'est juste qu'il faut appuyer assez fort dessus!")... Bon... Y'a pu qu'à...
Heureusement je suis vite prise par les tuyaux qui attendent d'être débranchés et vidés, ce qui m'évitera d'avoir trop de temps pour penser à la route. Le lave-vaisselle n'est toujours pas terminé, les autres ont presque fini, il est rare que nous soyons les derniers mais là... En plus Didier a un souci avec le camion qui refuse de démarrer malgré diverses tentatives. Bernard vient avec son camion et ses pinces pour l'aider. Pendant ce temps, je trouve un câble électrique débranché au pied de mon camion, qui passe par en-dessous et va je ne sais où. Je fais le tour, vois l'enrouleur, vérifie qu'il n'est branché à rien et demande à Didier (qui est toujours en train de s'échiner à tenter de faire démarrer le camion) si je peux le rouler. Il me répond par l'affirmative, je me baisse donc et commence à enrouler le câble. Et... C'est exactement ce moment-là que choisit le camion pour démarrer, en lâchant par la même occasion un épais nuage de fumée... Et c'est là que je me rends compte que ma tête était très exactement au niveau du tuyau d'échappement... j'ai râté une grande carrière de comique dans les films muets, je crois... XD
Là mon public est limité, mais Bernard et Didier sont quand même bien morts de rire...
Le lave-vaisselle d'Hélène se termine enfin : nous pouvons débrancher ! Didier étant occupé, je remonte le tuyau jusqu'à l'arrivée d'eau, puis, après examen minutieux des différents robinets et une angoisse digne des meilleurs films d'actions (vous savez, quand il reste dix secondes avant que la bombe n'explose, et que le héros se dit "Lequel je coupe ? Le rouge ou le bleu ?..." ), je tourne un robinet en m'attendant à une catastrophe... mais non ! J'ai réussi ! Je vide rapidement les tuyaux, range tout ça, vais proposer de l'aide à Hélène qui est un peu speed à cause de son satané lave-vaisselle, change Marius... Et voilà, l'heure du départ est là. Quand faut y aller... Heureusement Didier a la bonne idée de suggérer que quelqu'un de la voiture d'Hélène vienne avec moi : c'est donc Marlène qui se dévoue. Nous partons, après quelques déboires pour passer la grille du terrain, pour certains gros convois. Je ne suis pas habituée à la boîte de vitesse et j'avoue que pendant les dix premières minutes je secoue un peu Marlène ! Je crois que je vais finir par la faire vomir... D'autant plus que nous sommes en ville et que je n'ai qu'une trouille : perdre Hélène à un feu ou laisser des voitures s'intercaler entre nous ! Nous passons notamment par LE grand rond-point horrible, avec quinze rues qui arrivent et le tram qui passe... J'essaie de me détendre, achète le silence de Marlène sur ma conduite avec un comprimé de paracétamol car elle a bien mal, et ouf, nous voici enfin sur les petites routes, dans un bien joli paysage que je n'aurai malheureusement pas la possibilité de prendre en photo pour vous faire profiter du voyage... Pour une fois en revanche je trouve ça très bien qu'on ne prenne pas l'autoroute ! A un moment je réalise que j'ai oublié d'attacher l'imprimante avec le tendeur dans le camion : oups... J'espère que je ne la trouverai pas en mille morceaux en arrivant... Le retour se passe bien, même si la fin sur toutes petites routes se fait à vitesse réduite : on peut voir ça et là des plaques de givre... J'hésitais à rentrer directement chez moi le soir, mais de nuit et sans bien connaître l'état de la route je me dis qu'il est peut-être plus sage de ne partir que le lendemain. Nous buvons un thé chez Hélène en attendant les gros convois. Pendant ce temps les garçons retrouvent leurs chambres avec joie, et Firmin lit la réponse du Père Noël à la lettre qu'il lui avait envoyée !

Puis je reste pour le dîner : une bonne raclette, voilà de quoi nous réchauffer ! Le soir je tourne un peu en rond dans mon camion : tout est attaché (j'ai découvert à l'arrivée que l'imprimante tenait aussi sans tendeur... mais une boîte oubliée en hauteur avait joyeusement éparpillé son contenu sur le sol!), il n'y a pas internet, je n'ai rien à préparer pour l'école... Je me couche tôt en espérant partir tôt également le lendemain matin...
Mais ce matin... en me réveillant et en ouvrant la porte... même si le jour n'est pas levé, une étrange clarté illumine tout... Eh oui, il a neigé ! Bon, pas vingt centimètres non plus, mais suffisamment pour que ça puisse glisser. En plus je réalise que j'ai laissé ma bouteille d'eau dans le Vito de Bastian et que les autres sont vides... Impossible de me faire un thé puisque je ne suis pas branchée en eau et que le robinet extérieur de Didier et Hélène est gelé. Eux sont sans doute encore en train de dormir car ce n'est pas allumé chez eux... Allez, pour couronner le tout, un bon mal de gorge qui a commencé discrètement hier mais qui s'affirme bien désormais ! J'attends une demi-heure puis, comme rien ne bouge, je me décide à aller voir chez Bernard et Sylvie car je sais qu'ils se lèvent tôt. Ouf, ils sont réveillés, je prends un peu d'eau histoire de me faire un petit-dej et de réfléchir posément à la situation. Je range tout doucement mes affaires dans la voiture pour laisser le temps au soleil de se lever, mais il n'a pas l'air très motivé. Je sais que de la neige est prévue dans l'après-midi : si je veux partir, c'est maintenant ou jamais. Bien évidemment la R5 refuse de démarrer, et là Bernard et Didier me sortent le miracle du siècle : du "Start Pilote".

Il s'agit d'une bombe aérosol contenant un mélange magique dont la formule est tenue secrète depuis des générations de "pilotes" : en tout cas, à peine Bernard en a-t-il envoyé un peu dans l'arrivée d'air que la voiture démarre... magie... Comment ai-je pu vivre tant d'années avec cette voiture capricieuse sans connaître ça ?! Ils me laissent le reste de la bombe après m'avoir expliqué comment s'en servir, et me voici partie sous leurs regards assez circonspects... Ouais ouais, ils ont beau me dire "Oh, ça ne gèle pas, là, les routes ne devraient pas glisser", je me méfie et je vois bien qu'eux aussi ! Ils m'ont expliqué quel chemin prendre (cette fois je ne vais pas m'amuser à prendre les petites routes de campagne où il ne passe jamais personne : autoroute, mon amie!), et après un looong moment à 30 ou 40 à l'heure sur des routes bien glissantes (avec petit retour en première quand il y a une pente un peu forte ou un virage, ne prenons pas de risques inutiles!), me voici sur la nationale 10, bien salée et pratiquable à une vitesse normale. J'arrive crevée à la maison, avec en plus du mal de gorge les épaules bien bloquées et la tête comme une pastèque. Comme toute bonne instit, je confirme la règle selon laquelle on tient sur les réserves jusqu'aux vacances, où on relâche tout et où on peut enfin tomber malade ! Bah, j'ai presque un mois pour m'en remettre, je pense que ça devrait aller... Rendez-vous à la mi-janvier, et d'ici là bonnes fêtes à tous !