Enfin une vraie longue nuit... Je me suis réveillée à dix heures et savoure à l'avance cette longue journée rien qu'à moi qui s'annonce. Je traîne une bonne partie de la matinée et à 14 heures je me dis que si je veux bouger c'est le moment car je dois être rentrée à 19h30 (spectacle à 20 heures oblige!)

Je prends le tram et décide de monter jusqu'à la Bastille, petite montagne fortifiée qui surplombe la ville. On peut y aller en téléphérique, dans les célèbres "bulles", mais c'est un peu cher, pas très rigolo à faire seul, et surtout j'ai envie d'un peti défi. Notons au passage que les tournées ne sont pas tout à fait synonymes d'équilibre alimentaire ! Après les spectacles tout le monde apporte quelque chose et nous mangeons et buvons tous ensemble sous le chapiteau. Comme c'est assez tard dans la soirée, je prends souvent déjà un petit dîner léger un peu plus tôt.. Bref, un peu d'exercice me fera le plus grand bien ! Je pars en bonne grosse touriste : armée de mon appareil photo, mais avec juste un T-shirt (il fait chaud!), mes Pataugas violettes et un fond d'eau dans une petite bouteille. Il faut d'abord traverser le Pont Saint-Laurent qui surplombe l'Isère.

C'est un pont suspendu qui a apparemment été détruit et reconstruit à plusieurs reprises, à cause des crues. Il amène au quartier italien dont les maisons hautes, étroites et colorées réchauffent l'ambiance.

Juste avant d'accéder au chemin qui mène à la Bastille, je reste en arrêt devant une très belle fontaine : la Fontaine au Lion. Elle représente la lutte entre un serpent et un lion, qui symbolisent le Drac et l'Isère. Il n'y a qu'à observer les détails pour comprendre que la ville a été quelque peu traumatisée par les caprices de l'eau...


Juste à côté de la fontaine, des panneaux indiquent les distances et les durées prévues pour les différentes balades. J'ai décidé d'aller à la Bastille : environ une heure de grimpette.


J'entame la longue série de lacets qui me mènera au sommet. Ca grimpe bien mais ça reste raisonnable. Il y a néanmoins beaucoup plus de gens qui descendent que de gens qui montent...
J'ai parfois le choix : un gros escalier...

ou deux petites pentes ?...

J'avoue : je choisis toujours les petites pentes ! La montée est agrémentée d'un parcours santé (les petits blagueurs!)... des fois qu'on trouverait ça un peu trop facile !

Ces bonnes âmes s'inquiètent tout de même de notre santé, comme l'indique le panneau n°8. J'ai mis un certain temps avant de comprendre l'indication ! 220-28=192. Je m'amuse à compter mes pulsations : 128 par minute. C'est bon, tout va bien, je peux continuer ! A la moitié environ je suis bien essoufflée mais je sens que mes entraînements de jogging portent leurs fruits. Ca tire quand même un peu dans les mollets !

Je fais quelques pauses pour admirer les différents points de vue sur Grenoble. Ici, du même enddroit, on peut voir d'un côté la partie moderne et pas très jolie de la ville, avec ses grandes barres d'immeubles et un immense cimetière. Mais en tournant son regard vers la droite, voici la vieille ville qui est tout de même un peu plus jolie !

Si vous regardez de plus près, vous pourrez même reconnaître... mon beau pont Saint-Laurent de tout à l'heure, mais oui !

Quand je vous disais que ça grimpait ! L'arrivée à la Bastille est un peu agressive : ça grouille de touristes. Après la (relative) solitude de la montée ça fait un peu bizarre. Je craque néanmoins et fais comme eux : rien de tel qu'un bon coca pour se remettre de ses émotions (oui oui, comme on peut le voir sur la photo, il y avait du vent!).

L'altitude me rendrait-elle euphorique ?... Toujours est-il que je décide de continuer à grimper jusqu'aux grottes des Mandrins, à cinq minutes de la Bastille.

Creusées et utilisées par les soldats, elles avaient une vocation défensive. En y pénétrant, on arrive en haut d'un grand escalier qui semble mener quelque part. Il est bien raide et les marches irrégulières s'enfoncent dans la pénombre : la lumière a l'air d'être très, très loin !

J'hésite un moment (ça ne se voit pas trop sur la photo mais ce n'était franchement pas engageant!) et finis par me lancer. Eh bien moralité : fallait pas ! Arnaque totale ! On descend, descend, descend... puis on débouche sur un petit sentier d'une cinquantaine de mètres qui nous conduit directement... à la Bastille et ses touristes ! Retour à la case départ. Un peu déçue, je refuse d'en rester là et décide de pousser encore un peu plus haut, au Mont Jalla (25 minutes de marche). J'ai envie d'être tout en haut. Je me remets donc en route (j'ai déjà à peu près une heure et demie de marche dans les chaussettes).
Je rencontre de moins en moins de gens... J'entends comme des grondements au loin, ça semble venir de la ville et je me demande ce qu'ils fabriquent. Je pense une minute à un orage mais me rassure bien vite en me disant que la météo n'avait rien prévu de tel et qu'il faut que j'arrête de flipper tout le temps. Arrivée au sommet, mes efforts sont récompensés. C'est magique. Une trouée dans les nuages, les rayons du soleil qui tombent sur la ville, tout en bas... Moment de paix.

Je suis fière et heureuse d'avoir grimpé jusqu'ici. Je ne suis néanmoins pas très tranquille à cause de ces grondements insistants, et puis je vais finir par être en retard : j'ai encore la descente et 25 minutes de tram pour retourner à Echirolles. J'entame donc le chemin du retour. Je repasse par la Bastille où se joue une pièce de théâtre en plein air. Je m'arrête cinq minutes mais désormais le doute n'est plus possible : un orage approche, une ou deux gouttes viennent le confirmer. J'hésite à prendre le téléphérique pour aller plus vite, mais la perspective de me retrouver là-dedans sous un orage ne me rassure pas plus que ça !

Je reprends donc le chemin à pied, me payant même le luxe de prendre quelques photos :
Une fresque murale qui rend cette poubelle presque poétique !


Un panneau du parcours santé qui me fait beaucoup rire : le sportif est affublé d'une crête pour illustrer le slogan "L'Anarchie, c'est le top!". Que dire de plus ?!

C'est à peu près alors que je suis à mi-pente que l'orage éclate pour de bon...

Mais alors... THE orage !!!
Il se met à pleuvoir, de plus en plus fort, bientôt des trombes d'eau me tombent dessus et je réalise que je suis en T-shirt. Je finis par courir et rejoins un groupe de trois jeunes équipés de parapluies. Je demande l'hospitalité à l'un d'entre eux : pas vraiment pour moi car je suis déjà trempée, mais pour protéger un peu mon sac qui contient entre autres mon appareil photo, mon téléphone et mon carnet. Au bout de quelques minutes la pluie redouble et surtout les éclairs. Là c'est la débandade : la fille qui partageait son parapluie avec moi le ferme car elle a peur de se prendre la foudre, et nous voici à courir à toutes jambes, poussant de temps à autre un petit cri à cause des éclairs. L'orage est en effet vraiment au-dessus de nous, il y a à peine une seconde entre la lumière et le son ! Nous trouvons finalement refuge sous un pont, en compagnie de quelques autres rescapés, et attendons que ça se calme. J'ouvre mon sac qui dégouline et sors tout ce qui craint l'eau pour le sécher et le mettre à l'abri dans un sac plastique. L'eau coule à gros bouillons sous le pont et j'ai l'impression d'avoir pris une douche tout habillée. Je dégouline...

J'essore mes cheveux et mes vêtements qui me collent à la peau. L'heure tourne et je crains d'être en retard. Il pleut encore, bien qu'un peu moins fort. Trempée pour trempée, je repars en courant prendre le tram et rentrer au chapiteau. Dans le tram les gens me regardent un peu bizarrement : je goutte ! Le froid commence à se faire sentir, j'ai la chair de poule, mes vêtements mouillés me glacent et je suis transie. Arrivée à Echirolles, je cours de la station de tram jusqu'au chapiteau. J'arrive juste à temps : Hélène (la maman d'Augustin, Léon et Firmin) est en train de me chercher, l'accueil vient de commencer. Je file me sécher et me changer dans le camion, et en enlevant mes chaussures, ô surprise ! Mes belles chaussures violettes ont déteint sur ma peau... les marques resteront quelques jours...


Gabrielle et Firmin rient de mes aventures, je me prépare une soupe pour me réchauffer pendant qu'ils bricolent des décorations pour la classe. Je crois que je ne m'étais pas sentie si pleinement vivante depuis longtemps. J'ai aimé cette journée, cette aventure, cet orage... Je me sens bien ici.
Trois jolies petites feuilles... Ramassées tout à l'heure sur les pentes du Mont Jalla...