Lundi matin, premier grand départ. Nous partons à huit heures, on m'a demandé d'être prête à sept heures et demie le temps de manoeuvrer les camions. Ma grande angoisse est d'avoir mal attaché quelque chose dans mon camion : en effet ça bouge pas mal pendant le voyage, et il faut tout enfermer dans les placards, descendre des étagères, attacher à l'aide d'une multitude de tendeurs, cordes et autres ficelles...
J'erre dans la brume du petit matin, ne sachant trop que faire de moi-même. Je ferai la route avec Sylvie, l'idée me plaît. Sylvie a trois grands enfants qui ne sont plus scolarisés, c'est l'aînée de la famille. Je l'aime beaucoup, elle est gentille, maternelle, je crois qu'elle me rassure ! Elle est mariée à Bernard, grande gueule pas toujours tendre mais dont l'humour potache me fait rire. J'apprends quelques bases de la vie quotidienne. La première : monter et surtout descendre du camion. Toujours face à la cabine, comme sur une échelle. Bernard et Sylvie insistent, chacun leur tour, ça a l'air important ! Dans le camion de Sylvie, nous ouvrons la marche. Elle n'a pas conduit depuis longtemps, peine à passer certaines vitesses et se prend une remarque parce qu'elle a pris un tournant trop large et qu'elle est passée trop près du fossé. Tout le monde communique avec la CB, sauf Carole qui s'y refuse et n'en a pas. Il faut dire que c'est un sacré bazar quand tout le monde s'y met, et il y a parfois de bonnes discussions de sourds ! Un simple petit arrêt vers dix heures prend des proportions impressionnantes, "attention nous voilà!" C'est assez drôle de voir tout le convoi s'arrêter en même temps, on ne peut pas dire qu'on passe inaperçus ! Combien de véhicules dans le convoi ?... Sylvie et moi dans son camion, tractant leur caravane. Carole et Gino dans le leur, avec leur caravane. Didier et Hélène, idem. Il y a aussi Mamie Monique avec sa camionnette et sa caravane, Patrick conduisant le camion dans lequel est logée Johanna et tractant la caravane d'Anaïs. Maurice, qui ne s'appelle pas Maurice mais que tout le monde appelle comme ça, conduit aussi un véhicule auquel est accrochée la caravane de Bastian. Mais que conduit Bernard ? Et à quoi est accrochée la remorque qui porte le chapiteau ?... Je ne sais plus, il y en a trop et je m'y perds, après la pause déjeuner je me plante même de camion, je ne les reconnais pas encore bien !
J'aime l'ambiance de ce voyage, la route en camion prend une autre dimension. On ressent beaucoup moins la vitesse qu'en voiture (peut-être parce qu'on est limités à 90 sur l'autoroute ! ). Grâce à la hauteur et à la taille du pare-brise on profite bien mieux du paysage. La brume mettra du temps à se dissiper et donne un aspect féérique au moindre arbre. Le voyage est ponctué d'une multitude de petites aventures qui n'étonnent que moi. A chaque péage un camion au moins reste coincé car les boîtiers automatiques sont capricieux. A la station essence, faire le plein est beaucoup, beaucoup plus long qu'en voiture ! Bernard a même un caillou spécial pour bloquer la poignée de la pompe. Le pneu d'une caravane a craqué, c'est celui qui suivait Didier qui l'a vu et l'a prévenu. Les CB s'activent, tout le monde s'arrête sur l'aire suivante. Je suis la seule à penser que c'est grave, les autres trouvent juste ça "chiant". Patrick passe sous la caravane, crick géant, clé à boulons géante, pneu géant. Pendant la vingtaine de minutes que prendra la réparation, Carole sortira le panier du goûter pour les enfants (et les autres!), d'autres iront ramasser des champignons. Nous passons par le Massif Central et certains camions peinent vraiment dans les montées, se retrouvant à 50 à l'heure. Malheureusement je n'ai pas pris mon appareil avec moi, pas de photos de tout cela...
Nous arrivons dans la vallée de la Chartreuse, hautes montagnes marquées par les plissements des différentes strates, mes cours de Géomorphologie remontent à la surface !
A l'arrivée le camion en tête du convoi (ce n'est plus nous) se trompe de sortie, et tout le monde avec. Nous tournons un peu dans une zone ccommerciale, les gens qui sortent des magasins regardent ébahis ce drôle d'équipage. Les CB s'affolent, "Ne perdez pas Carole, ne perdez pas Carole!". Eh oui, sans CB elle ne peut nous entendre ! Nous finissons tant bien que mal par arriver vers 19h30 sur la place qui nous accueillera pendant une semaine. Je l'ignorais mais il faudra encore environ une heure et demie avant que nous soyons vraiment installés : il faut prendre des mesures et mettre le marquage au sol (avec du plâtre) pour indiquer où sera le chapiteau, puis manoeuvrer camions et caravanes pour les garer en cercle autour de l'emplacement du chapiteau. (note : je triche un peu, cette photo n'a pas été prise à Echirolles mais sur la tournée suivante, c'est pour vous montrer les marquages)
Je peux maintenant compter les véhicules : cinq camions, six caravanes, la remorque du chapiteau et trois camionnettes. Le temps de brancher l'eau et l'électricité et il fait nuit. Chacun se retire, bien fatigué par la journée de route. Cette fois j'y suis...
Demain pour moi c'est la rentrée. Je mettrai un certain temps avant de m'endormir.
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