Anatole, le chemineau, se repose sur le talus. Il prend des forces, car après la cérémonie du mariage, c'est lui qui nettoiera les culs de marmites, qui essuiera les pieds des chaises et balaiera la grande salle des fêtes.
Pour l'instant, les yeux mi-clos, il savoure les chants de la chorale, mâchonne une pâquerette. Entre l'église et lui, sur le chemin pierreux, roule l'animal.
Animal ! Crie Anatole, tu as quatre pattes et tu dévales vite et bien la pente, tandis que moi, je la dévale seulement lorsque je suis saoul comme une barrique !
Animal ! Ton poil est long et soyeux, chacun et chacune se jette sur toi pour te caresser, moi j'ai une barbe hirsute et rêche qui pique et les jeunes filles ne veulent plus me biger.
Animal ! Ton cri puissant fait chanter la montagne, elle te répond toujours, moi mon haleine sent le tabac et je n'ai plus de voix.
Animal...
Oh, regarde, le clocher s'allume, on dirait que les cloches vont sortir. Il faut dire que c'est demain jour de Pâques. Ah, je sens d'ici le parfum des dragées, toi aussi animal, tu vas encore mendier ta part sans vergogne.
Oh, regarde, je vois sur l'herbe verte s'étaler les grandes nappes blanches, là-haut les colombes déploient leurs ailes et les draps sur le fil se balancent doucement. Les mariés courent et se font des niches, les chevaux hennissent et les hérissons se plissent.
Moi aussi j'ai eu ma fiancée animal. Tu ne me crois pas ? Elle avait les joues roses comme les dragées des communiantes et les yeux bleus comme les dragées des communiants.
Nous nous sommes mariés dans la clairière près du champ de navets, un soir d'été où les grillons chantaient des cantiques. Au profond de la clairière pétillait une source. Je n'avais pas encore de barbe aux joues animal, elle, elle était déjà grasse et bavarde comme tourterelle. Elle me disait, après l'amour : Natole, sais-tu si c'est la fontaine qui va à la source ou bien est-ce la source qui va à la fontaine ? Et je ne répondais rien moi, j'étais triste, je suis pas beaucoup allé à l'école, on m'appelait l'âne Atoll hi han hi han, je gardais les oies. Je ne comprenais rien à ces choses-là. Alors elle riait, elle se moquait de moi. Mais j'avais toujours le dernier mot, oui, je posais ma bouche sur sa bouche et elle se taisait.
Tiens les cloches se sont tues. Mais tu dors animal ! je cause tout seul. Bah tant pis, moi aussi je vais faire un bon roupillon.
Pour l'instant, les yeux mi-clos, il savoure les chants de la chorale, mâchonne une pâquerette. Entre l'église et lui, sur le chemin pierreux, roule l'animal.
Animal ! Crie Anatole, tu as quatre pattes et tu dévales vite et bien la pente, tandis que moi, je la dévale seulement lorsque je suis saoul comme une barrique !
Animal ! Ton poil est long et soyeux, chacun et chacune se jette sur toi pour te caresser, moi j'ai une barbe hirsute et rêche qui pique et les jeunes filles ne veulent plus me biger.
Animal ! Ton cri puissant fait chanter la montagne, elle te répond toujours, moi mon haleine sent le tabac et je n'ai plus de voix.
Animal...
Oh, regarde, le clocher s'allume, on dirait que les cloches vont sortir. Il faut dire que c'est demain jour de Pâques. Ah, je sens d'ici le parfum des dragées, toi aussi animal, tu vas encore mendier ta part sans vergogne.
Oh, regarde, je vois sur l'herbe verte s'étaler les grandes nappes blanches, là-haut les colombes déploient leurs ailes et les draps sur le fil se balancent doucement. Les mariés courent et se font des niches, les chevaux hennissent et les hérissons se plissent.
Moi aussi j'ai eu ma fiancée animal. Tu ne me crois pas ? Elle avait les joues roses comme les dragées des communiantes et les yeux bleus comme les dragées des communiants.
Nous nous sommes mariés dans la clairière près du champ de navets, un soir d'été où les grillons chantaient des cantiques. Au profond de la clairière pétillait une source. Je n'avais pas encore de barbe aux joues animal, elle, elle était déjà grasse et bavarde comme tourterelle. Elle me disait, après l'amour : Natole, sais-tu si c'est la fontaine qui va à la source ou bien est-ce la source qui va à la fontaine ? Et je ne répondais rien moi, j'étais triste, je suis pas beaucoup allé à l'école, on m'appelait l'âne Atoll hi han hi han, je gardais les oies. Je ne comprenais rien à ces choses-là. Alors elle riait, elle se moquait de moi. Mais j'avais toujours le dernier mot, oui, je posais ma bouche sur sa bouche et elle se taisait.
Tiens les cloches se sont tues. Mais tu dors animal ! je cause tout seul. Bah tant pis, moi aussi je vais faire un bon roupillon.
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