8h45, rue François 1er. Vedette incontestée de la matinale d'Europe 1, la "Revue de presque" de Nicolas Canteloup a fait studio comble. Le public du "Grand Direct des Médias" de Jean-Marc Morandini est déjà là et assure la claque, tandis qu'en régie on se presse autour des patrons de la station, Denis Olivennes et Fabien Namias. Eugène Saccomano, Jérôme Bonaldi, Catherine Nay, Philippe Gildas, Pierre Lescure, Ivan Levaï et Jean Pierre Elkabbach, qui se sont succédés à l'antenne depuis 6h00, aux côtés de l'équipe de Thomas Sotto, sont encore là et font la navette entre le studio et la machine à café. Canteloup est en super forme et rafale à tout va : "excusant" de son absence remarquée le proprio, Arnaud Lagardère, "retenu par une réunion de travail à Ibiza" (sic), se moquant de la propension de Denis Olivennes à voir "L'ADN d'Europe 1" partout, raillant les spots de "bon anniversaire" enregistrés par des "auditeurs" aussi improbables que Woody Allen et Lady Gaga, parodiant Jean Pierre Elkabbach en chanteur de rap, se moquant de l'ancienneté de sa partenaire Julie, pilier de la station "autour de laquelle elle a d'ailleurs été construite"... "On a même réussi à retrouver Denise Fabre, conclut l'humoriste avec la voix de Nicolas Sarkozy. Ca a dû coûter cher d'ambulance entre Nice et Paris !"...
Derrière les micros, dans le public et en régie, tout le monde est plié de rire. A cet instant, Europe 1 se souvient d'Europe Numéro 1 : "La radio des jeunes" dont la liberté de ton, l'impertinence et le sens de l'info incommodaient les puissants, depuis sa création, pendant la Guerre d'Algérie, jusqu'aux sorties mémorables de Coluche (qui y lança les "Restos du coeur"), en passant par sa couverture extensive des évènements de mai 68, qui la fit surnommer "Radio Barricades".
Toute la journée, Europe 1 a célébré son 60e anniversaire en faisant intervenir, auprès des équipes actuelles, ses plus célèbres et plus anciennes "voix". "Salut les vieux copains !" lancera ainsi, de New York où il réside désormais la plupart du temps, Daniel Filipacchi, créateur de l'émission qui lança la vague yé-yé. Pierre Bellemare qui, plus encore que Julie Leclerc, fait partie des murs, raconta comment, le deuxième jour d'existence de la station, on l'embaucha pour remplacer un comédien malade : "Je devais faire une voix avec un fort accent allemand. Heureusement , on m'a trouvé d'autres emplois par la suite !"...
Radio ou Web TV ?
Pour Fabien Namias, jeune directeur de la vénérable station, ce défilé d'ex vedettes n'avait pas pour seul but de faire mousser son passé prestigieux : "C'était un clin d'oeil chaleureux à notre histoire, à ceux qui l'ont faite et à nos auditeurs, concède-t-il. Mais tous ceux qui sont venus ont surtout parlé de ce qui est toujours notre métier : l'actualité. Une façon de rappeler d'où on vient et qui nous sommes, mais aussi de dire où nous allons". Foin de nostalgie : Europe, qui a perdu de sa superbe en même temps que son " numéro 1", et pointe désormais en troisième place des radios généralistes, se veut toute entière tournée vers l'avenir. "Pour faire face à la concurrence et s'adapter aux nouvelles habitudes d'écoute de la radio, il nous faut continuer à inventer, à nous renouveler et à nous diversifier sur tous les supports d'écoutes. Notamment les ordinateurs, les smartphones et les tablettes" estime Fabien Namias.
Ces dernières années, Europe 1 a tellement investi dans le numérique et la vidéo qu'on peut se demander si c'est encore une radio ou bien plutôt une énorme Web TV? La plupart des émissions sont désormais filmées et intégralement diffusées sur le Web. "La vidéo, c'est l'avenir de la radio, prêche son directeur. Pas pour singer la télévision, mais pour mettre en valeur nos contenus avec la couleur, la chaleur et le cachet qui sont ceux de la radio. C'est un de nos plus grands défis. Europe 1 est la radio la mieux équipée de France en la matière. A nous de nous battre pour préserver cette avance technologique et en tirer les bénéfices. On ne peut pas prétendre redevenir numéro 1 et conquérir de nouvelles générations d'auditeurs si on ne maitrise pas ces moyens-là".
Rendez-vous dans 60 ans pour voir si Europe a réussi à se faire plein de nouveaux copains.
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