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Un homme, un voisin, un père, un client ou un patron, je sais pas. Comme beaucoup d'entre nous, on ne fait pas bien attention à ceux qui, souvent, nous entourent et nous croisent au quotidien.

Un homme, un regard et une volonté et rien ne saurait laisser penser que cet homme puisse avoir des soupçons ou bien quelques des illusions sur ce que pourrait être sa vie. Sa vie et son avenir ici sur cette terre, dans ce nouveau pays loin de tout et loin des siens.

Bon, c'est vrai, certains lui reconnaissaient un côté rêveur, les yeux souvent tournés vers le ciel, parti on ne sait où très loin sur son nuage. Pourtant rien, oui rien ne le prédestinait à partir, à quitter les jupes de sa mère et les fleurs de son pays.

Certes, il n'est pas parti, il y a quelques années, par hasard ni, pourtant, par sa propre volonté. Il se sentait bien au pays, entouré de ses proches et de sa famille. Il y avait reçu une bonne éducation, l'amour de ses parents et des valeurs simples héritées de sa famille de petits paysans.

Dans son regard ténébreux, dans ses yeux fiers et lumineux, il a du se dessiner un avenir qui était, alors pour lui, loin d'être tracé. Ainsi, on peut facilement comprendre que son départ avait été vécu, par lui, comme une déchirure, une décision cruelle et injuste mais il savait pourquoi. Il savait qu'il allait devoir porter sur ses épaules tout l'espoir de sa famille.

Un étranger. Voilà ce qu'il était pour les indigènes du coin quand il est arrivé là-bas. Un étranger à la peau noire. Un héritage familial dont il était pourtant si fier. C'était un homme noir, seul et déraciné et pourtant, il ne pouvait que ressentir, dans le regard sombre de ces hôtes autochtones, du rejet et de la peur.

Coupable. Il était coupable de ne pas être comme eux et il savait qu'il allait devoir faire ses preuves. Prouver qu'il était capable de se faire accepter puis de s'intégrer parmi eux.

Aujourd'hui, il sais à qui il doit des remerciements, à qui il doit ces mains tendus qui l'ont aidé à se faire assimiler, à être un peu comme eux.

Certes, il était loin de chez lui, loin de la terre de ses aïeuls et pourtant sa réussite, il ne la doit, aussi, qu'à lui même et à ses propres valeurs. Ses valeurs qui lui ont permis d'avancer, de réussir à relever la tête et croire qu'il pouvait exister, pour lui aussi, un ciel tout bleu ici ou ailleurs.

On peut comprendre qu'il n'aime pas trop regarder en arrière ni tenter de se rappeler les difficultés rencontrées. Et puis, il est trop modeste ou alors trop lucide pour ne pas vouloir servir d'exemple pour ses proches ou pour ses cousins restés, eux, au pays .

Un homme, un regard et une volonté, voilà surtout ce qui le caractérisait et puis il y a cette photo encadrée que tient souvent, et avec fierté, sa petite maman entre ses bras.

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