L'auteur n'a pas révélé pourquoi et comment le choix de ce nom lui était venu à l'esprit. Mais, comme il se passe visiblement pas mal de choses dans son "bocal", on peut supposer qu'il n'est pas réfractaire à l'humour et qu'il a de la suite dans les idées ;-)

Voici pas mal d'années, bien avant l'apparition de l'internet, un Belge avait proposé un moyen de communication sur le même principe, à base de pictogrammes, mais il l'avait opposé d'une façon méprisante à l'espéranto, le vrai. Même si l'idée des pictogrammes est bien, il est évident que, dans une nuit d'encre, sans lumière, ou quand on se trouve de part et d'autre d'un mur ou d'une rivière infranchissable, loin de la personne à qui l'on voudrait demander un renseignement, ce n'est pas ce qu'il y a de plus efficace.

Il est douteux que des œuvres littéraires puissent être "traduites" en pictogrammes dont la vocation est plutôt d'être un outil de dépannage dans certaines situations. Il ne doit donc pas y avoir opposition ou exclusion dans un sens comme dans l'autre. Les pictogrammes, dans des lieux publics, évitent d'inscrire la même chose dans de nombreuses langues, ce qui conduit à s'y perdre alors que ce n'est évidemment pas le but. Il en résulte trop souvent que l'on n'a des inscriptions que dans la ou les langue(s) du pays avec l'anglais. D'une certaine façon, cette initiative démontre que le seul anglais, dont Churchill avait dit que c'est une langue "facile à parler mal", est souvent loin de suffire. C'est à Londres qu'une initiative allant dans le même sens apparut voici environ un siècle. L'espéranto, celui que nous devons au Dr Zamenhof, a toujours sa raison d'être.

La clé Ĉefeĉ

La communication des peuples est si grande qu’ils ont absolument besoin d’une langue commune.

Plus connu sous le nom de Montesquieu, Charles de Secondat, baron de la Brède et de Montesquieu (1689-1755) perçut dès 1728 ce que bon nombre de têtes pensantes de ce début de troisième millénaire et leurs prédécesseurs ont été incapables de remarquer alors que l’Union européenne patauge dans des problèmes dont celui de l’inéquité dans la communication linguistique.

Chimiste industriel et métallurgiste allemand, Herbert Friedrich Höveler (1859-1918) apprit l'espéranto en Esperanto-ŝlosilo por anglalingvanoj — Clé d'espéranto pour anglophones 1904. Comme l'essentiel de la grammaire de l'espéranto tient sur une carte postale — évidement pas pour se lancer dans la littérature, mais pour se comprendre vite et bien !), il eut l'idée de publier une brochure de très petit format (environ 7x11 cm), un peu supérieur à celui d'une cartes de crédit et un peu plus épaisse. Elle contenait un condensé de la grammaire de l'espéranto, quelques exercices et exemples, et un vocabulaire espéranto + anglais. Jusqu'en 1912, elle parut pour 18 langues en grande partie à ses propres frais. La première fut rédigée Esperanto-ŝlosilo por svedlingvanoj — Clé d'espéranto pour locuteurs de la langue suédoise en collaboration avec
Edward Alfred Millidge et éditée en 1905 à Londres, où vivait alors Herbert Höveler. Le vocabulaire comportait 1833 racines. Une édition parut pour le français en 1908 avec 1839 racines. D'abord connue sous le nom de "Ĉefeĉ-ŝlosilo" (en français "Clé Ĉefeĉ", en allemand "Ĉefeĉ-Schlüssel"), elle fut ensuite désignée sous le nom de clé d'espéranto. Le pseudonyme "Ĉefeĉ" (tchéfetch) choisi par Höveler vient de la prononciation Esperanto-ŝlosilo por finnlingvanoj — Clé d'espéranto pour locuteurs du finnois anglaise de ses initiales H.F.H..

En 2012, il sera possible de rappeler l'esprit innovateur et précurseur de celui, qui, voici près d'un siècle aujourd'hui, publia une brochure de 12 pages intitulée "Ĉu internacia monunuo kaj pagilo estas efektivigebla, kaj kiamaniere povas utili la ĉekbanko esperantista" (Est-ce qu'une unité monétaire et un moyen de paiement internationaux sont possibles, et de quelle façon la Banque espérantiste de chèques peut-elle être utile ?).

Justement à ce sujet, en 1907, Höveler fonda à Londres la "Ĉekbanko Esperantista" (Banque espérantiste de Ĉeko de la Ĉekbanko-esperantista chèques) dont l'unité monétaire, basée sur le cours de deux shillings or, était le "Spesmilo" — du français "espèces", proposé la même année par le mathématicien suisse René de Saussure, frère du célèbre linguiste Ferdinand de Saussure. D'après l'Encyclopédie de l'espéranto, les transactions étaient "facilement disponibles et peu coûteuses." Le 30 avril 1914, il y avait 730 320 comptes dans 43 pays. La banque fut liquidée après la mort de son fondateur. Pour un historique plus détaillé, voir, en espéranto, "Esperantismo kaj mono" (Espérantisme et monnaie). Höveler proposa aussi un système de paiements internationaux. Spesmilo-Simbolo

Höveler fonda des groupes à Londres, à Funchal (Île de Madère), en Sicile, en Italie, en Palestine. Il apporta un soutien généreux au mouvement mondial. Il fut vice-président de l'Association britannique d'espéranto (Brita Esperanto-Asocio— BEA).

Herbert F. Höveler publia aussi d'autres brochures, notamment :

Il se passait donc beaucoup de choses dans le "bocal" de cet homme à la fois audacieux et généreux comme dans celui de bon nombre de pionniers de l'espéranto.

L'espéranto aujourd'hui

Voici environ un siècle, l'espéranto connut un premier essor rapide, en gros depuis le premier congrès universel d'espéranto à Boulogne-sur-Mer, en 1905, jusqu'à la déclaration de guerre, le 2 août 1914, au moment ou aurait dû se tenir un grand congrès au cinéma Gaumont, à Paris. Ce serait trop long ici de décrire l'histoire de cette langue entre les deux guerres mondiales et après la seconde jusqu'à nos jours, et surtout durant les guerres et les persécutions de régimes totalitaires hostiles à la libre communication et aux échanges directs entre les peuples, sans compter l'attitude du gouvernement français, celui qui, par l'occupation de la Ruhr, facilita l'ascension et la prise de de pouvoir d'Hitler. Un aperçu peut être lu dans Wikipédia : "Histoire de l'espéranto".

"
L'espéranto au présent" est un document en 23 sections qui permet un tour d'horizon sur la situation de la langue dans le monde et de ses applications. Comme celle-ci bouge de plus en plus vite, l'actualité devient de plus en plus difficile à suivre et la mise à jour de plus en plus fréquemment nécessaire, donc de plus en plus malaisée. C'est un bon signe.

2012 marquera le 125e anniversaire de l'espéranto. Internet bouleverse aujourd'hui cet univers. Alors que, voici plus d'un siècle, l'espéranto proposait déjà une solution équitable au problème de la communication linguistique mondiale, Internet apporte aujourd'hui la solution technique qui manquait. Ces deux fruits de l'inventivité humaine se complètent si bien que le site multilingue d'apprentissage gratuit de "
Lernu !" (Apprenez !) a enregistré en mai dernier son 100 000e inscrit. Il en a aujourd'hui 103 000. Les 239 pays du monde y sont représentés alors que 193 seulement sont représentés à l'Onu.

L'espéranto vit donc lui aussi son printemps. Le concept ESPéRANTO ne devrait aucunement lui porter ombrage. Au contraire. Pourquoi ne pas joindre aux produits proposés, par exemple des clés d'espéranto très peu coûteuses à imprimer, adaptées au vocabulaire du 21e siècle ?

Il serait possible aussi de mettre de telles clés en applications pour smartphone, ou d'indiquer des liens vers des dictionnaires en ligne. Il existe déjà un "
Esperanto-Russian-Esperanto dictionary for Pocket PC" de 65 000 mots et phrases gratuit téléchargeable, un "Esperanto-English Dictionary" de 26 000 mots à accès direct, une série porposée sur le site Softpedia, etc..

Internet permet une accélération du développement de ressources nouvelles, ceci entre autres avec le soutien, de la "
Esperantic Studies Foundation".

Des initiatives apparaissent en pays anglophones pour l'utiliser comme moyen de faciliter l'apprentissage d'autres langues :
Springboard... to Languages en Grande-Bretagne et Mondeto en Australie.

De nouvelles applications sont développées et, comme pour les langues nationales, la traduction automatique en ligne s'améliore peu à peu grâce à la collaboration entre des universités et des entreprises : l'Université d'Alicante avec
Apertium et GramTrans au Danemark qui a réalié aussi la traduction automatique de la version en anglais de Wikipedia sous le nom de WikiTrans— la plus complète — avec près de 3 800 000 entrées, suivie par la version allemande avec un peu plus de 1 300 000 et le français suit avec moins de 1 200 000.

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Illustrations :

Ĉefeĉ-ŝlosiloj / Clés Ĉefeĉ pour l'anglais, le suédois et le finnois.
Chèque de la Banque Espérantite de chèques
Symbole du Spesmilo (Sm)