La bêtise peut s'exprimer de façons multiples. Un seul exemple : une habitude fortement ancrée dans certains milieux intellectuels et, pire, de l'information, est de faire passer l'espéranto pour une langue destinée à éliminer toutes les autres, ceci sans connaissances précises sur son histoire, sa nature et sa vocation.

Ce comportement rappelle "Les animaux malades de la peste", la fable de La Fontaine. Ah ! la cause de tous les maux était enfin trouvée : cet âne qui reconnut avoir tondu de ce pré la largeur de sa langue... "Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal"...

C'est quand même curieux que la langue espéranto, si invisible, si peu large qu'elle passe inaperçue pour la quasi totalité des citoyens de notre pays, apparaisse soudain comme la cause évidente, par exemple, du déclin du rôle du français sur la scène internationale alors que l'envahissement linguicide de l'anglais est de plus en plus visible et omniprésent, comme l'a rappelé précisément Michel Serres en diverses occasions :

  • Le "Nouveau Quotidien" (Lausanne, Suisse, 1er décembre1992) : « Actuellement, les savants, les publicistes, les journalistes parlent anglais. On voit sur les murs de Paris beaucoup plus de mots anglais qu'on ne voyait de mots allemands pendant l'Occupation. Tous les gens qui ont une quelconque responsabilité, dans mon pays, ne parlent plus ma langue. Par conséquent, j'appelle le français la « langue des pauvres ». Et je la soigne comme je soigne en général les idées que j'ai sur les pauvres ».
  • "L’Est Républicain" (26 décembre 1993) concernant le problème de défense de la langue française : "Tout cela est notre faute mais ça peut se réformer très vite. Il suffit que le peuple qui parle français se révolte contre ses décideurs. Moi, je suis du peuple, ma langue est celle des pauvres. J’invite les pauvres à se révolter contre ceux qui les obligent à ne rien comprendre."
  • France Info en réponse à Michel Polacco (20 mars 2005 — La langue française) : "Je pense qu'aujourd'hui il y a sur les murs de Paris plus de mots anglais qu'il n'y avait de mots allemands pendant l'Occupation, et ça c'est quand même sous la responsabilité de ceux qui veulent bien le mettre, parce qu'il n'y a pas de troupes d'occupation aujourd'hui. Je les appelle des collabos".
  • France Info (18 septembre 2011), précisément dans la même chronique « Le sens de l'info » de Michel Polacco sur le thème "Asterix" :
Michel Serres : (...) Non, non, c'est vrai que nous n'avons pas vaincu les Romains. Nous n'avons pas résisté comme le dit la bande dessinée, mais au contraire, ils nous ont écrasés jusqu'au dernier. Il y a une preuve, d'ailleurs, ils nous ont imposé leur langue...
Interrompu par Polacco : Ils nous ont civilisés !
Michel Serres : Non, non, non, nous étions civilisés, ils nous ont imposé leur langue exactement comme aujourd'hui les vainqueurs et les collabos de la guerre économique nous imposent l'anglais, ils nous ont imposé le latin, et la preuve, c'est qu'il nous reste à peine deux ou trois dizaines de mots gaulois en-dehors des noms de lieux et de géographie.

Il n'y a pas que sur les murs de Paris : dans toutes les écoles, dans la plupart des grandes surfaces où l'on ne peut entrer sans subir des chansons en anglais, pour des noms de produits ou des slogans en anglais, sur les maillots et les jouets des bambins, sur les répondeurs téléphoniques pour des messages d'attente, etc.

En fait, durant l'Occupation, même les pires collabos n'ont pas poussé à un tel point l'obligation d'apprendre et de pratiquer l'allemand. Et il y a aussi notre système métrique qui est de plus en plus attaqué... Qui prend son pied à se tourner les pouces ?

Le caractère non-fondé de cette mauvaise intention attribuée aux défenseurs de l'espéranto pour le déconsidérer aux yeux du public a pourtant été démontré dès le début du siècle dernier par des personnalités éminentes de la pensée, de la science et de la culture telles que le géographe Élisée Reclus qui avait noté ses observations dans "

L'Homme et la Terre" (volume VI); le romancier Jules Verne qui ne put achever son roman" "Voyage d'étude" par lequel il voulut contribuer à la promotion de la langue; les linguistes Michel Bréal ("La Revue de Paris", n° 14, 1901) et Antoine Meillet dans "Les langue dans l'Europe nouvelle" (1918; p. 278). L'écrivain breton et bretonnant Émile Masson avait écrit dans les "Les Temps Nouveaux" (6 juillet 1912) : “Si nombreux et si puissants sont les arguments en faveur d’une langue internationale qu’il serait puéril de songer à les combattre, au cas où on aurait quelques velléités à le faire. Il va de soi qu’il faut une langue internationale; qu’il faut, par tous les moyens possibles, la répandre; qu’elle constitue, au même titre que le pain pour vivre, le besoin le plus immédiat du prolétariat international.“...

Mais les préjugés sont tenaces, et Albert Einstein, même s'il s'est trompé sur la vitesse de la lumière, a observé très justement qu' "il est plus facile de briser un atome que de briser un préjugé."

Or, le
Manifeste de Prague, qui a 15 ans cette année, est parfaitement clair sur la vocation de l'espéranto :

4 - Plurilinguisme

La communauté espérantophone est une des rares communautés linguistiques à l'échelle mondiale dont tous les membres sont, sans exception, bilingues ou plurilingues. Chacun a fait l'effort d'apprendre au moins une langue étrangère jusqu'à un niveau suffisant de communication. Dans de nombreux cas, cela conduit à la connaissance et à l'amour de plusieurs langues et, en général, à un élargissement de l'horizon personnel.

Nous affirmons que les locuteurs de toutes les langues - celles qui sont largement diffusées et celles qui le sont moins - devraient jouir d'une réelle possibilité d'apprendre une deuxième langue et de l'utiliser comme moyen de communication de haut niveau. Nous sommes un mouvement en faveur de l'octroi de cette possibilité à tous.

Où y a-t-il, dans ce manifeste, une incitation à l'oubli de sa propre langue ou des ambitions visant à faire de l'espéranto une langue unique ?

Dès 1905, la "
Déclaration de Boulogne" (-sur-Mer) définissait la démarche pour l'espéranto comme “l'effort fait pour répandre dans le monde entier l'usage d'une langue neutre, qui, ne s'imposant pas dans la vie intérieure des peuples et n'ayant aucunement pour but de remplacer les langues existantes“.

L'espéranto a souvent été la première ou l'une des premières langues de très grands polyglottes, notamment Paul Ariste (Estonie), Géza Bárczi (Hongrie), Douglas Bartlett Gregor (Grande-Bretagne), Maxime Rodinson (France)... Amené à parler, écrire et traduire en pas moins de cinquante langues de l'Europe et de l'Asie, dont l'espéranto, durant sa carrière de fonctionnaire international, Georges Kersaudy plaide en sa faveur dans son ouvrage "Langues sans frontières", dans lequel il décrit 29 langues de l'Europe. L'actuel président de l'Union européenne d'Espéranto, Seán Ó Riain, connaît huit langues à divers degrés, y compris l'espéranto. Il y a aussi Fabrizio Pennacchietti, orientaliste de l'Université de Turin.

Professeur de l'Université de Columbia, philologue de renommée mondiale, auteurs de nombreux ouvrages dont une histoire de l'anglais,
Mario Pei n'était certainement pas de ceux qui aspiraient à la disparition des langues : "Ne voulant pas le moins du monde atténuer la valeur des autres langues actuellement enseignées, je pense que l’enseignement de l’espéranto aux degrés élémentaires présente plusieurs avantages : il a été prouvé expérimentalement que l’espéranto constitue un excellent pont pour l’étude des autres langues, car grâce à sa simplicité de structure et de vocabulaire il brise la résistance initiale de l’élève moyen unilingue. Il renforce en même temps son vocabulaire de mots étrangers et crée chez l’enfant une confiance en sa propre capacité d’étudier et d’assimiler des langues étrangères."

Et c'est dans des pays anglophones que sont apparues des initiatives visant à élargir l'horizon linguistique des enfants, à faire de l'espéranto un tremplin pour l'apprentissage des langues étrangères :

L'affaire TV5

Mais il y a plus grave : l'affaire TV5, un piège dans lequel est tombé le grand cinéaste Costa Gavras lors d'une émission de cette chaîne de diffusion mondiale. En résumé, le 9 novembre 1998, après un reportage sur l'espéranto, M. Boutros Boutros-Ghali, ancien Secrétaire général de l'Onu, Secrétaire général de la francophonie à l'époque des faits, avait dit à son propos : “c’est une langue qui a fait son temps” (sic) et laissé entendre que les perfectionnements rapides des machines à traduire ne justifiaient plus son existence (re-sic). Il avait ensuite prêté à l’espéranto (sans en prononcer le nom) une aspiration au statut de “langue unique”.

Ce à quoi le réalisateur Costa Gavras, piégé, avait répondu, sans se douter que l’espéranto, compte tenu des entraves subies à travers son histoire, avait repris son essor avec la popularisation de l'Internet et sans savoir que sa vocation n'a jamais été de devenir la langue unique mais la langue commune : "Absolument, parce qu’une langue unique, c’est comme une religion unique ou comme une philosophie politique unique. Il faut vraiment la combattre parce que ça mène toujours à des catastrophes humaines, économiques et culturelles. Il faut donc plusieurs langues. Il faut que chaque pays ait sa langue et cette proposition de l’espéranto, je trouve aussi que c’est une proposition un peu absurde. Pourquoi une langue unique ? Il faut apprendre des langues. C’est un enrichissement culturel formidable. Pouvoir communiquer avec d’autres personnes dans leur langue..."

A cette époque, le rapport publié en 1922 par la SDN sous le titre "
L'espéranto comme langue auxiliaire internationale"

(version en anglais : "Esperanto as an international auxiliary language")

était inconnu et inaccessible au grand public. Or, il n'y était pas question de faire de l'espéranto la langue unique :

"La Commission s'est trouvée d'accord avec les signataires pour constater les graves difficultés linguistiques qui entravent les rapports directs entre les peuples et pour souhaiter l'enseignement, dans toutes les écoles du monde, d'une langue internationale, facile et simple, qui serait apprise par les enfants à côté de leur langue maternelle et qui servirait aux futures générations de moyen général de communication internationale." (page 2)

C’est donc très grave qu’un personnage aussi engagé pour les Droits de l’Homme et contre le totalitarisme, précisément le réalisateur de "Z", "L’Aveu", "État de siège", ait été amené à tenir des propos aussi injustifiés, violents (“il faut vraiment la combattre...“) et même calomnieux ("Pourquoi une langue unique ?", alors que l'anglais s'installe dans ce rôle par de fortes pressions) et contre une langue dont il ne savait visiblement pas qu’elle est à l’opposé de ce qu’il supposait ou de ce qu'on l'avait amené à supposer (mais qui était donc ce "on" ?). Costa Gavras ignore sans doute que la diffusion de l'espéranto a été entravée et combattue précisément par des régimes totalitaires et pseudo-démocratiques, et que l'histoire des persécutions subies par cette langue durant son histoire, avec tous les coups-bas qui lui ont été portés, pourrait faire l'objet d'un documentaire du niveau de ses grands films déjà mentionnés. Costa Gavras a été l'acteur, sans doute involontaire, d'un de ces coups tordus. Saura-t-on un jour ce qui s'est passé dans les coulisses de TV5 pour pousser Costa Gavras dans ce piège ?

Polyglotte, le biologiste Serge Tchakhotine, qui connaissait aussi l’espéranto, a écrit dans son ouvrage magistral “Le viol des foules par la propagande politique“, paru en 1967 : “Il est clair que la nation dont la langue serait reconnue comme universelle, acquerrait des avantages économiques, culturels et politiques sur toutes les autres. Mais l’inertie et l’esprit conservateur des gouvernants de presque tous les pays empêche encore que l’Espéranto puisse devenir la langue auxiliaire mondiale” (p. 525). Lors d’une visite au club des travailleurs espérantistes de Copenhague, en 1934, il avait déjà voulu remercier les espérantistes allemands de l’avoir beaucoup aidé dans son travail de propagande anti-nazie. Que savait Costa Gavras de tout ceci et de bien d'autres choses ?

En fait, cette situation est fort bien résumée par un avis exprimé par le professeur Robert Phillipson après avoir participé en observateur au Congrès Universel d'Espéranto à Prague en 1996 : "Le cynisme par rapport à l'espéranto a fait partie de notre éducation". La confusion continue de régner dans les esprits.

Quand au statut de langue unique, il existe des documents et témoignages précis. Le Manifeste de Prague date de 1995. L'affaire TV5 a eu lieu en 1998. Boutros Boutros-Ghali pouvait-il ignorer ce qu'avait écrit, l'année précédente, David Rothkopf, un personnage influent de l'administration Clinton, dans Foreign Policy, magazine trimestriel étasunien de géopolitique et de commerce international (Été 1997) : “Il y va de l’intérêt économique et politique des États-Unis de veiller à ce que, si le monde adopte une langue commune, ce soit l’anglais ; que, s’il s’oriente vers des normes communes en matière de télécommunications, de sécurité et de qualité, ces normes soient américaines ; que, si ses différentes parties sont reliées par la télévision, la radio et la musique, les programmes soient américains ; et que, si s’élaborent des valeurs communes, ce soient des valeurs dans lesquelles les Étasuniens se sentent à l'aise. ?

Dans "Le Figaro Magazine" du 22 juin 2002, Hervé Lavenir de Buffon avait rapporté l'avis d'un sénateur étasunien sur la question des langues : "Il y a 6000 langues parlées dans le monde, 5 999 de trop, l'anglais suffira." Il affirmait par ailleurs avoir pris connaissance d'un rapport de la CIA qui, en 1997, laissait cinq ans aux États-Unis pour imposer leur langue comme seul idiome international "Sinon, selon la CIA, les réactions qui se développent dans le monde rendront l'affaire impossible."

Récemment, le 25 septembre 2011, sous le titre "Fry's Planet Word", la BBC a commencé à diffuser une série de cinq émissions d'une heure consacrée aux langues. Le présentateur, Stephen Fry, acteur, romancier et présentateur de grand talent, n'a pas omis d'y parler de l'espéranto avec objectivité. Vers la fin, il a demandé à Zahab Histeni, une interprète arabe de l'Onu, si le monde serait meilleur si tout le monde parlait l'espéranto. Stephen Fry a-t-il été mal compris ou y-a-t-il eu confusion dans l'esprit de cette interprète entre une langue unique ou une langue commune ? Toujours est-il que sa réponse négative laisse percevoir une méconnaissance du sujet. Elle eu évidemment raison de dire qu'il y a une beauté dans toutes les langues, que chaque langue a sa propre beauté, sa propre musique, et que "ce serait une grande perte si ces langues n'existaient pas". Mais la question de Stephen Fry ne sous-entendait nullement le remplacement de toutes les langues par une seule. Or, qu'observons-nous aujourd'hui ? L'Eurovision devient de plus en plus le champ clos d'une langue unique. La publicité nous assaille de termes et d'expressions et de slogans en anglais. Les scientifiques sont contraints de publier leurs travaux en anglais. Une menace pèse sur eux s'ils ne se soumettent pas à cette contrainte. Avec l'anglais, il y a un rapport dominant-dominé. La vocation de l'espéranto est d'atteindre le meilleur niveau d'équité dans la communication internationale.

Il est possible aussi, et avec des références, de démontrer que la marginalisation de toutes les langues, y compris de l'espéranto, est bel et bien programmée depuis longtemps (1961) pour laisser la place à une langue unique destinée à formater les esprits. Il existe une inertie notable à ce sujet dans le paysage politique français, aussi bien aux extrêmes qu'au centre. Il existe même une complicité au plus haut niveau de l'État.
N'oublions pas ces paroles du ministre de l'Éducation nationale Xavier Darcos à l'école d'Élancourt : "J'ai reçu du Président de la République la mission de faire de la France un pays bilingue" (vidéo à partir de 04:48) par lesquelles la France est inféodée au pays chef de file du capitalisme, répondant ainsi à un désir exprimé en 2000 par Margaret Thatcher à l'Université de Stanford : “En ce XXIe siècle, le pouvoir dominant est l’Amérique, le langage dominant est l’anglais, le modèle économique dominant est le capitalisme anglo-saxon” ( “A Time for Leadership“). Or, à terme, un tel bilinguisme conduit à l'éviction du français.

Au niveau de l'Union européenne, ce n'est pas moins pire. Manuel Barroso a tout mis en oeuvre pour verrouiller le système en faveur de l'anglais comme langue unique. C'est l'instauration d'une dictature linguistique. Les pays de l'Est ont été contraints de soumettre leur candidature à l'Union européenne en anglais. La dégradation est visible sur ce graphique établi sur la base d'informations livrées par le professeur Robert Phillipson lors d'une conférence prononcée à Paris sur le thème "L'anglais global : mythe ou réalité ?".

La bêtise est hélas sans frontières. Le 16 septembre 2011, lors d'une visite officielle en Roumanie, le président de la république italienne, Giorgio Napolitano, avait rencontré le premier ministre Emil Boc. De nombreux médias roumains publièrent un article selon lequel Napolitano aurait eu un comportement ironique à l'égard de Boc, à tel point que les lecteurs auraient pu croire en un incident diplomatique très grave. Une recherche avec les mots "napolitano esperanto boc" livre un nombre incroyable de résultats : 218 000 ! Avec les mots "napolitano", "Boc", et "ironizat", qui apparaît dans la quasi totalité des titres, Google livre 11 pages de résultats : 145 000 ! Y en aurait-il eu plus dans le cas d'une déclaration de guerre entre l'Italie et la Roumanie ?

En fait, le premier ministre roumain avait demandé en anglais si le président préférait utiliser l'anglais ou des services d'interprétation. Ce à quoi le président Napolitano, homme très cultivé, grand connaisseur de la langue anglaise et de sa culture, avait répondu en anglais sur le ton de l'humour, aucunement de l'ironie : "Comme vous préférez. Nous pouvons parler en espéranto, en anglais, en italien et en roumain". Emil Boc a souri puis reconnu que les Italiens et les Roumains pouvaient se comprendre en parlant leur propres langues, ceci du fait des nombreuses racines communes des deux langues (
vidéo).

Le président Napolitani est en fait bien informé sur l'espéranto, et il en a une bonne opinion, puisqu'il avait accordé sa protection au Congrès Universel d'Espéranto qui se tint à Florence en 2006 avec des participants de 62 pays. Et le fait qu'il ait suggéré son utilisation, même en plaisantant, montre que cette langue est à ses yeux utilisable sur la scène internationale. L'ambassadeur d'Allemagne à Moscou, Ulrich Brandenburg, ne cache pas sa qualité d'espérantophone. Même chose pour Seán Ó Riain, diplomate irlandais, administrateur à la Commission européenne à Bruxelles, président de l'Union européenne d'Espéranto. Mais ça, c'est une chose inimaginable pour beaucoup de gens dont la profession est pourtant d'informer, parce que, comme l'a dit le professeur Phillipson, le cynisme, à l'égard de l'espéranto, a fait partie de leur éducation. Il convient en outre de signaler que la Roumanie, qui a donné de grands noms à l'espéranto, est l'un des pays où cette langue a le plus longtemps souffert, avec l'Allemagne d'Hitler, l'URSS de Staline, le Portugal de Salazar, d'une dictature impitoyable et de l'attitude d'un académicien, Alexandru Graur, qui, en traitant l'espéranto avec mépris "idiome amorphes, avec peu de chance de survie", a été pour beaucoup dans son maintien sous silence. Il est utile de préciser que Graur, mort en 1988, un an avant Nicolae Ceaușescu, a étudié et obtenu des diplômes en France, École des Hautes Études Pratiques et Sorbonne, dans les années 1924-1929. Bien des traces existent encore dans les esprits suite à des périodes de propagande intense pour dénigrer l'espéranto aux yeux de pays étrangers et à des pressions de gouvernements français, en particulier au début des années 1920, auprès des délégations d'autres pays et dans les milieux diplomatiques.

Comme quoi la bêtise parvient à s'exprimer même au niveau académique...

Le 11 avril 1958, devant les représentants de la 51e Conférence Internationale de l'Aéronautique, le président Eisenhower avait dit "Les gouvernements sont plus stupides que leurs peuples."

C'est le triomphe de la bêtise.

Ce qu'il importe de ne jamais oublier, c'est que ce qui se fait à l'encontre de l'espéranto se fait aussi à l'encontre d'autres idées et initiatives qui seraient bénéfiques et bienfaisantes pour la France et pour toute l'humanité.