La langue anglaise — la langue mondiale, désormais !
“Le monde nouveau exclut à la fois le mépris pour la langue anglaise ¯ la langue mondiale, désormais ! ...”
Voilà qui me rappelle le discours prononcé le 17 janvier 2008 au 10 Downing Street par Gordon Brown sous le titre “English - The World’s language“*.
Il est clair que la leçon du premier ministre britannique a bien porté, et ceci jusqu’à Paris, précisément au 27 de la rue Saint-Guillaume...
Évidemment, ce n’est pas Sir Howard Davies, le directeur de la London School of Economics, qui s’en plaindra. Il peut penser que l’objectif visé par les tenants du "Destin manifeste" est largement dépassé : "Once we used to send gunboats and diplomats abroad; now we are sending English teachers"**. En effet, il n'y a plus lieu d'envoyer des enseignants natifs anglophones à travers le monde, puisque c’est à qui en invitera, et ceci à grands frais.
Bien sûr, le British Council ne s'en plaindra pas non plus. Son directeur avait écrit, dans le rapport annuel des années 1987-1988 (p. 48) : “The real black gold from Britain was not the oil from the North Sea, but the English language. The challenge we face is to exploit fully.“ S'il vit encore, il pourrait aujourd'hui constater qu'il existe partout des carpettes anglaises pour permettre à la Grande-Bretagne d'"exploiter à fond" l'avantage que l'anglais lui procure.
Récemment, le 11 janvier 2010, l'agence chinoise Xinhua annonçait que le premier ministre britannique venait de rajouter une couche à son discours du 17 janvier 2008 : "With our world-class universities, our leadership in creative and digital industries, and the benefit of English language itself, we believe Britain can offer ourselves as one of the global education superpowers -- placing Britain's strengths at the service of learning and educational advancement throughout the whole world". ( http://english.sina.com/world/2010/0111/299038.html ).
Ce qui se cache derrière le discours de Brown, à première vue bienveillant et généreŭ, ne peut échapper à des gens lucides. Mais notre “élite” l’est-elle ? C'est plutôt ce sujet qui devrait "faire l'objet d'un vrai débat".
Ce qui est clair, à mes yeŭx, c’est qu’il s'agit bel et bien de domination. Qu'importe si des Français maîtrisent parfaitement l'anglais, ils sont là pour un rôle de figurants. Au sein de l'Union européenne, ce sont des anglophones pur jus qui accaparent les postes de décision. Neil Kinnock en avait donné l'exemple. Nombreuses sont les annonces d'embauche pour des fonction de haute responsabilité et de décision pour lesquelles une connaissance native de l'anglais est exigée : “English mother tongue only“, "English native speaker"... (http://www.mef.qc.ca/english_mother_tongue_only.htm)
Ce que coûte le tout-anglais à l'Union européenne a été traité dans un rapport commandé par le Haut conseil de l'évaluation de l'école et publié en 2005 sous le titre "L'enseignement des langues comme politique publique". http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/054000678/index.shtml
Le correspondant britannique qui m’a informé sur “la dernière” de Gordon Brown m’a fait part aussi d’un avis exprimé par un professeur anglais http://archive.varsity.co.uk/701.pdf Introduction : "The essay: Towards a Common Language: The prominence of French is a disgraceful anomaly, says sociologist CHRISTIE DAVIES. We must work to erase this aristocratic and outdated language or we will never achieve the dream of a United States of Europe."
La langue anglaise n'est ni plus ni moins estimable que n'importe quelle autre. Récemment, sous le titre "Linguistic Imperialism Continued", un ancien du British Council, le professeur Robert Phillipson, a publié chez Routledge, à Londres, une édition remise à jour d'un ouvrage paru en 1992 chez Oxford University Press. Ce qui apparaît, c'est qu'un natif anglophone s'interroge sur l'anglais dans le rôle de langue mondiale pendant que des ribambelles de non-natifs se conduisent en perroquets de Gordon Brown et même de Margaret Thatcher : "In this twenty-first century, the dominant power is America; the global language is English; the pervasive economic model is Anglo-Saxon capitalism." (19 juillet 2000, Université de Stanford).
David Rothkopf, un ancien de l'administration Clinton, pourrait tout autant se réjouir : "It is in the general interest of the United States to encourage the development of a world in which the fault lines separating nations are bridged by shared interests. And it is in the economic and political interests of the United States to ensure that if the world is moving toward a common language, it be English; that if the world is moving toward common telecommunications, safety, and quality standards, they be American; that if the world is becoming linked by television, radio, and music, the programming be American; and that if common values are being developed, they be values with which Americans are comfortable."("In Praise of Cultural Imperialism?", Foreign Policy, Numéro 107, Été 1997, pp. 38-53)
A Sciences Po, tout est mis en oeuvre pour que les "Américains" se sentent partout à l'aise. Le profit, c'est pour eŭx (et les pays du groupe Echelon). L'effort, c'est pour nous (et pour plus de 95% de la population mondiale non-native anglophone).
À propos de débat, pourquoi pas ? Pourquoi ne pas permettre aŭ Français la découverte d'un avis différent ? Par exemple celui de Marc Rousset, ancien dirigeant de grandes entreprises (Aventis, Carrefour, Veolia), auteur de "La nouvelle Europe Paris-Berlin-Moscou", diplômé H.E.C, Docteur ès Sciences Economiques, MBA Columbia, à qui le monde du tout-anglais n'est pas inconnu ?
Henri Masson
Coauteur de "L'homme qui a défié Babel" (éd. L'Harmattan; traduit et publié en cinq langues)
* A lire sur http://www.number10.gov.uk/Page14289 , à voir et écouter sur : http://www.youtube.com/watch?v=6ĝaN-hagTY
** "International House brochure, 1979". Cité par Robert Phillipson dans "Linguistic Imperialism",Oxford University Press, 1992, p.8.
(EO) Pri katastrofoj
-
Okaze de naturaj katastrofoj, ni povas taksi kiom senpova estas la homo, tiu sama homo, kiu ŝajnigas…
-
07 Mar 2010
(EO) Apliko de Esperanto en la faka kaj profesia agado
-
INTERNACIA SEMINARIO
11-14.06.2010 - Karlovo , Bulgario
-
10 Feb 2010
See all articles...
Keywords
Authorizations, license
-
Visible by: Everyone (public). -
Free use
-
4 709 visits
(FR) La langue anglaise — la langue mondiale, désormais !
Ce texte a été envoyé comme commentaire à un article de Jean-Luc Domenach publié sur son blog chez Ouest-France sous le titre "Nos élites bousculées par la mondialisation".
Comme il n'a pas été publié, s'il n'intéresse pas M. Domenach — Directeur de recherche et enseignant à Sciences-Po Paris — et les lecteurs de son blog, il intéressera probablement d'autres lecteurs curieŭ par rapport à ce qui concerne "La langue anglaise — la langue mondiale, désormais !"
Comme il n'a pas été publié, s'il n'intéresse pas M. Domenach — Directeur de recherche et enseignant à Sciences-Po Paris — et les lecteurs de son blog, il intéressera probablement d'autres lecteurs curieŭ par rapport à ce qui concerne "La langue anglaise — la langue mondiale, désormais !"
Jump to top
RSS feed- Latest comments - Subscribe to the feed of comments related to this post
- ipernity © 2007-2025
- Help & Contact
|
Club news
|
About ipernity
|
History |
ipernity Club & Prices |
Guide of good conduct
Donate | Group guidelines | Privacy policy | Terms of use | Statutes | In memoria -
Facebook
Twitter
En sia eldono de la 4a de junio 2003, la brazila gazeto "Folha de São Paulo" publikigis paroladon, kiun faris la prezidento Lula post reveno el la G8 kiu okazis en Évian. Aperas ne nur ke Lula ne parolas la anglan, sed ĉefe ke li vere tute ne havas emon paroli ĝin : “Ni progresis ne nur iomete en ekstera politiko. La homoj emaj antaŭjuĝi pri ĉio senĉese diris, ke neeblas ke Lula gvidu la landon ĉar li eĉ ne scipovas paroli la anglan : ‘Kiel li sukcesos paroli kun Bush, kun Tony Blair ?’ Mi estas pruvanta, ke ne necesas paroli la anglan por esti respektata en la tuta mondo. Oni povas esti respektata parolante la lingvon de 175 milionoj da Brazilanoj [= la portugalan].
---
Dans son édition réticulaire du 4 juin 2003, le quotidien brésilien Folha de São Paulo a publié un discours prononcé par le président Lula à son retour du sommet du G8 qui s’est tenu à Évian. Il apparaît non seulement que Lula ne parle pas l’anglais, mais surtout qu’il n’a vraiment pas du tout envie de le parler : “Nous n’avons pas avancé qu’un peu en matière de politique extérieure. Les gens disposés à préjuger de tout ne cessaient de dire qu’il était impossible que Lula dirigeât le pays parce qu’il ne savait même pas parler l’anglais : ‘Comment réussira-t-il à parler avec Bush, avec Tony Blair?’ Je suis en train de prouver qu’il n’est pas nécessaire de parler l’anglais pour être respecté dans le monde entier. On peut être respecté en parlant la langue de 175 millions de Brésiliens [= le portugais]”.
Ĝi estas legebla en la angla ĉe http://www.esperanto-sat.info/article348.html
kaj en Esperanto-traduko ĉe http://www.esperanto-sat.info/article349.html
EN. Milan — During last spring’s electoral campaign, Silvio Berlusconi’s pledged to give Italians "a government of the three `I’s: Inglese, Internet e Imprese (English, Internet and Business)." Now the Italian premier would probably like to eat those words.
EO : Milano — Dum la lasta printempa voĉdona kampanjo, Silvio Berlusconi promesis doni al la Italoj "registaron de la tri I" : "Inglese, Internet e Imprese" (angla lingvo, Interreto kaj Komerco). Nun la itala ĉefministro probable ŝatus repreni tiujn vortojn.
FR : Milan — Pendant la campagne électorale du printemps dernier, Silvio Berlusconi a promis de donner Italiens "un gouvernement des trois "I's" : Inglese, Internet e Imprese (anglais, Internet et Business). Maintenant, le premier ministre italien aimerait sans doute revenir sur ces mots.
“L’Asie en danger”. C’est ainsi que se nomme le dernier ouvrage de Jean-Luc Domenach, qui vient de paraître aux éditions Fayard. Répondant à la crise asiatique, et en spécialiste autoproclamé des économies extrêmes orientales, l’auteur veut nous faire comprendre ce qui vient de s’y passer. Domenach a été coopérant à Tokyo et a séjourné également à Hong Kong. A priori, il semble être bien placé pour parler de l’Asie. Sa bibliographie est très abondante et comprend entre 30 et 130 références par chapitre et une bibliographie plus générale est également présentée à la fin de son livre. Toutefois, lorsqu’on examine cette bibliographie d’un peu plus près, on s’aperçoit que plus de 60% des références de Domenach sont soit américaines, soit d’ouvrages publiés en anglais dans divers pays asiatiques et qui ne sont même pas des traductions d’ouvrages autochtones. Les 40% restant sont constitués par des articles de la presse française et des livres français. L’auteur veut ainsi nous faire croire qu’il a réalisé l’exploit “d’expliquer” l’Asie sans consulter une seule référence véritablement chinoise ou japonaise dans un ensemble qui est pourtant principalement influencé par une Chine d’un milliard deux cent millions d’habitants et par un Japon qui constitue le principal moteur industriel de la région !
Comment Domenach peut-il être crédible ? Son ouvrage utilise exclusivement, en plus de ses sources françaises, des informations provenant des vestiges d’une organisation coloniale anglo-saxonne ou des interfaces de langue anglaise à travers lesquelles divers pays d’Asie filtrent les informations qu’ils destinent précisément au monde occidental. Pourquoi les Editions Fayard acceptent-elles de publier l’ouvrage d’un auteur qui ne mentionne pas une seule source d’information qui soit véritablement sino-chinoise ou authentiquement japonaise dans une étude qui est censée passer à la loupe les économies d’Extrême-Orient ? Comment pourrait-on rendre crédible une étude sur l’Union européenne à partir de références exclusivement russes ou sud-américaines ? Comment pourrait-on présenter une étude de l’économie nord-américaine basée exclusivement sur le contenu des bulletins de l’Ambassade de France à Washington ou celui des journaux de Tokyo ? Pourtant, c’est bien une étude de ce type que Domenach nous demande de prendre au sérieux...
Mais Domenach n’est malheureusement pas le seul. En 1998, dans les pays les plus importants de l’OCDE, quiconque passait une heure ou deux dans une grande librairie pouvait se rendre compte que les nouveaux ouvrages qui traitent soit d’économie, de politique, de sociologie, d’architecture, de géographie, d’Histoire, de linguistique ou de science citaient presque exclusivement des références nationales ou anglo-saxonnes. Ce phénomène est peut-être moins accentué dans les lettres mais n’en demeure pas moins notable. A l’ère de la communication, ce qui se passe sur plus de 90% de la planète dans le domaine intellectuel devient de plus en plus systématiquement ignoré.
-------
* Ouvrage en trois volumes publié chez François-Xavier Guibert :
T1. La nouvelle guerre contre l'intelligence — Les mythologies artificielles (2001)
T2. La nouvelle guerre contre l'intelligence — La manipulation mentale par la destruction des langues (2002)
T3. La nouvelle guerre contre l'intelligence — Une nouveau programme pour la conscience (2003)
Charles Durand a en outre écrit :
La mise en place des monopoles du savoir. Il est possible d'en lire quelques pages sur :
http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=6212
Mais quid de la Province ? Quid des campagnes ? quid des pauvres ? ah mais pour connaître leur opinion il faudrait parler persan couramment, et accepter de frayer avec des gens de classes non universitaires !
"vous ne comprenez pas ? c'est de l'Européen!"
eh oui une certaine "Europe" a fait de l'anglo-américain la langue de l'Europe ...
ces mêmes milieŭ ont fait le projet INDECT
c'est lié je trouve
(cetere nur aŭskultu la rep-kanzonode la grupo "La Pafklik' " titolita "Katakana" lyrics.wikia.com/La_Pafklik:Katakana" )
"Ce que signifi la mondialisation, en anglais"
Alexander Bard estas grava teoriulo, entreprenisto kaj muzikisto kiu instruas en la fama «Stockholm School of Economics». Li estas tre fama en la Svedio kaj, ĉar liaj libroj estis tradukitaj al la Angla li ofte partoprenas publikajn debatojn en Anglio. En 2008 mi povis koni lin persone ĉar ambaŭ ni prelegis kune en granda renkontiĝo pri socioteĥnologio en Porto Alegre. Ni havis tre bonajn debatojn dum tiuj tagoj. Ne ĉiam ni interkonsentis sed ĉiam estas plaĉe diskuti kun inteligentaj homoj. La trian aŭ kvaran tagon, mi estis en salono de la hotelo atendanta al la aliaj prelegantoj por aliri kongreson post la matenmanĝo. Mi parolis kun grupo de Mozambikaj aktivuloj kaj Brazilaj sociaj entreprenistoj. Tiun jaron la indjanoj komencis la serĉadon de domo en Montevideo kaj la konversacio rapide turniĝis al rakonto pri diversajn anekdotoj de la sperto pri transnaciiĝo de ĉiuj ili en Angola, Alĝerio, Senegalo, Kolombio, Argentino, Sudafriko kaj eĉ Orienta Timoro kaj Filipinoj… Ĝi estis amuze! Kompreneble ni parolis Portugale ĉar la Portugala aŭ la Hispana estis la patrina lingvo de ĉiuj ni. Tien Alexander envenis. Mi resumis la koversacion al li kaj li proponis nin daŭrigi ĝin Angle. Mi informis lin ke mi estis la ununura angloparolanto el la grupo, kaj li diris al mi: «Mi malamas brazilanojn, ili malfermiĝas al la tutmongiĝo». Kaj tiel, dank’al Alexander, mi tute bone komprenis kion signifas «tutmondiĝo» angle.
Sign-in to write a comment.