Alors que la période estivale se termine pour la majorité d'entre nous, nous savons tous l'attention que nous devrons accorder à nos proches isolés ou dans le besoin.

Des visites pour d'abord garder le contact et entretenir l'attrait, le lien, ce fil plus ou moins fort entre eux et nous.
Et puis il y a cette volonté que l'on a de vouloir se retrouver pour se parler mais aussi, si c'est possible, se serrer dans les bras pour oser s'avouer que, ces derniers temps, on s'est beaucoup manqué …

Les aller-retours pour voir ma mère sont devenus, pour moi, comme une évidence. Les coups de téléphone sont plus difficiles et puis ils ne font pas tout c'est vrai.

Ces jours-ci, j'étais assis à côté d'elle et je lui parlais, je crois, de choses et d'autres, cherchant ainsi machinalement à savoir si elle allait bien. Elle, elle était là mais elle ne disait rien, le regard posé vers la vitre extérieure de la grande salle. J'ai alors tenté de lui lancer quelques mots pour ponctuer mon interrogation, pour essayer de la rejoindre, la retrouver et se regarder de nouveau.

Je sais bien que ma mère ne dit pas tout de qu'elle voudrait tant vouloir dire. Ces peurs, ses inquiétudes pour nous, nos absences si longues, si interminables ... mais les mots ne sont pas là pour l'aider à les exprimer.
Les sentiments, les émotions sont souvent remplacés par des mimiques, des regards, des interjections parfois mais rien n'est facile pour elle.

Je comprend aussi, c'est vrai, ce manque d'habitude et la nécessité, pour le personnel de soin, de la côtoyer régulièrement. Ce besoin de complicité au jour le jour, pour ma mère, qui va pouvoir l'aider à lever le fardeau de son quotidien, lever aussi ce voile qui obscurcie ses échanges avec eux et avec nous.

Parfois, au cours de la même journée ou lors d'une autre visite, je peux aussi être agréablement surpris de retrouver ma mère plutôt bien éveillée. Oui, et c'est, ma foi, bien agréable de la sentir curieuse, mesquine et câline avec moi.
C'est dans ces moments là que je sais précieux qu'il est si bon de retrouver cette complicité avec elle, ce partage des mots qui me font retrouver, avec douceur, ma place de fils auprès de ma maman.

On peut comprendre que je sois souvent désorienté. Pourtant, au fond de moi, j'ose toujours croire que demain restera aujourd'hui et qu'aux prochaines retrouvailles, son sourire à mon arrivée me révélera, encore, cette joie sans mots de se revoir de nouveau. Cette joie communicative avec laquelle va s'engager, ma main dans la sienne, nos échanges hachés et nos regards complices. Je le voudrais tant.

Reste qu'il faut aussi prévoir le départ et alors, c'est souvent avec le même sentiment d’inquiétude que je dois la quitter. La tristesse peut se lire sur mon visage et j'ai peur, c'est vrai.
Je sais bien que demain ne sera plus, pour elle et moi, comme aujourd'hui mais il me faut, pourtant, avancer vers ce demain et vers un avenir commun toujours écrit en pointillé.


Septembre 2013