Révolté à la plume grandiose, Jean Ferrat restera l'auteur de "La montagne" où il s'est éteint, en Ardèche, à 79 ans.

Jean Ferrat (AFP)





L'artiste engagé Jean Ferrat est décédé samedi 13 mars à l'âge de 79 ans. Au service de tous les combats pour la fraternité, la révolte et l'idéal communiste, il était également un poète fou d'Aragon, qu'il a interprété avec talent. Il lui consacre deux albums en 1974 et 1995. Il était l'auteur-interprète et compositeur de quelque 200 chansons.
Né le 26 décembre 1930 à Vaucresson (Hauts-de-Seine), Jean Tenenbaum, a 11 ans lorsque son père, juif émigré de Russie, est déporté. L'enfant est sauvé grâce à des militants communistes, ce qu'il n'oubliera jamais. A la Libération, il quitte le lycée pour aider sa famille, et devient aide-chimiste jusqu'en 1954, date à laquelle il passe ses premières auditions dans des cabarets parisiens. Jean Ferrat a été marié à la chanteuse Christine Sèvre, décédée en 1981.Il avait reçu le prix de l'académie Charles Cros (1963) et le grand prix de la chanson de la SACEM (1994).

Pas un "béni-oui-oui" du PC


Après avoir écrit la musique des "Yeux d'Elsa" (1956) pour André Claveau, il chante régulièrement à "La Colombe", puis fait sa première grande scène à l'Alhambra en 1961 où il triomphe avec "Ma môme", et "Deux enfants au soleil". Rapidement, Jean Ferrat choisit d'interpréter des textes plus engagés, comme "Nuit et Brouillard" (1963), non diffusée par les radios, puis "Potemkine" (1965), interdite d'antenne. Compagnon de route du PCF, sans jamais en avoir été membre, il affirme haut et fort ne pas être un "béni-oui-oui" du parti. Ainsi ses chansons "Camarade" qui dénonce l'invasion russe de Prague en 1968, ou "Bilan" (1980) qui fustige la déclaration de Georges Marchais sur le "bilan globalement positif" des pays de l'Est.

La chanson et la politique


En 2007, Jean Ferrat s'était prononcé en faveur d'une candidature de l'altermondialiste José Bové comme représentant d'une gauche antilibérale pour l'élection présidentielle. Son dernier engagement politique était dans le cadre de la campagne des élections régionales le soutien de la liste du Front de Gauche en Ardèche. A la scène, qu'il quitte après un passage au Palais des sports en 1972, il préfère son Ardèche d'adoption, qui lui inspire "La Montagne", l'un de ses plus grands succès. Réticent à passer à la télévision, le chanteur était sorti d'un long silence en 2003, pour l'émission "Vivement Dimanche" de Michel Drucker, y défendant ses deux passions, la chanson et la politique, s'insurgeant notamment contre la grande industrie du disque qu'il estime dangereuse pour la liberté de création.

(Nouvelobs.com)

C'est pourtant vrai qu'on ne voit pas le temps passer... Jean Ferrat 1965


ON NE VOIT PAS LE TEMPS PASSER



On se marie tôt à vingt ans
Et l'on n'attend pas des années
Pour faire trois ou quatre enfants
Qui vous occupent vos journées
Entre les courses la vaisselle
Entre ménage et déjeuner
Le monde peut battre de l'aile
On n'a pas le temps d'y penser

Faut-il pleurer, faut-il en rire
Fait-elle envie ou bien pitié
Je n'ai pas le cœur à le dire
On ne voit pas le temps passer

Une odeur de café qui fume
Et voilà tout son univers
Les enfants jouent, le mari fume
Les jours s'écoulent à l'envers
A peine voit-on ses enfants naître
Qu'il faut déjà les embrasser
Et l'on n'étend plus aux fenêtres
Qu'une jeunesse à repasser

Faut-il pleurer, faut-il en rire
Fait-elle envie ou bien pitié
Je n'ai pas le cœur à le dire
On ne voit pas le temps passer

Elle n'a vu dans les dimanches
Qu'un costume frais repassé
Quelques fleurs ou bien quelques branches
Décorant la salle à manger
Quand toute une vie se résume
En millions de pas dérisoires
Prise comme marteau et enclume
Entre une table et une armoire

Faut-il pleurer, faut-il en rire
Fait-elle envie ou bien pitié
Je n'ai pas le cœur à le dire
On ne voit pas le temps passer