Mon beau-père ( appelé " Grand-père" par tous et toutes en sa famille ) vient de décéder à l'âge de 96 ans ! "rassasié de jours", comme pourrait dire de lui sa Bible ramenée du Liban.
Il s'est éteint trois ans après son épouse, qu'il appelait "maman". D'ailleurs, il y a peu, cloué au lit, il disait, onirique : "Maman n'est pas encore venue me chercher !?...".
Des êtres touchants tous les deux, comme on en rencontre peu, pas médiatiques du tout, mais qui, par leurs existences quotidiennes, ont laissés à ceux qui les ont connus une trace indélébile de bonheur.
Ma belle-mère n'a pas écrit de poème, mais quand on ouvrait les portes scultées de l'armoire en bois où étaient rangés les couverts, une phrase s'inscrivait en vous, émergeant d'une pendule en carton : "Charité n'a pas d'heure".
Et il lui en aura fallu de l'amour, du courage et des trésors d'imagination pour "élever" ses dix enfants.
Mon beau-père était davantage rêveur, moins terre à terre (c'est pourquoi ma belle-mère devait l'être pour deux, que dis-je pour douze, que dire pour trente, lorsque le foyer familial s'enrichissait de leurs neveux et nièces ou d'autres oiseaux de passage !
J'ai connu cette maisonnée comme un véritable hôtel ( où chacun mettrait la main à la pâte joyeusement), une véritable auberge de jeunesse, ou colonie de vacances ! (regorgeant de petits enfants, arrière petits enfants et autres cousinades !
Vous n'imaginez pas le choc que ce fut pour moi d'entrer pour les premières fois dans cette tribu mouvementée ( moi qui ne suis originaire que d'une famille de cinq enfants, excusez du peu !), avant d'en devenir une pièce rapportée ( je préfère dire : à valeur ajoutée !).
Mais revenons à mon beau-père que j'ai donc décrit comme rêveur. Toute sa vie, il poursuivit, comme il le disait, "son rêve intérieur". Ce qui se traduisit par plusieurs années vécues au Maroc, des voyages en plusieurs pays...( et notamment par la rêverie, en son pays préféré, la Poésie ).
Serait-il possible de clore cet article, sans y glisser un de ses poèmes.
N'est-il pas de circonstance ? Ecrit en 1975, ce poème s'appelle "Espérance":

Nous sommes tous des voyageurs
Partis en pays lointain...
Et, sous l'effet de la vapeur,
Nous poursuivons notre destin...
La vie n'est pas toujours de miel,
Mais à la sueur de son front,
On aperçoit le ciel,
Un peu d'espoir à l'horizon...

Du terreau sort bientôt la fleur
Qui s'épanouit au mois de Mai
Et dans la terre, chacun se meurt
Pour reposer ici, en paix...
Bonne âme, tu n'as plus que faire
En ce vieux corps enseveli,
Il est temps de quitter la terre
Pour t'envoler en paradis...

Texte écrit nocturnement vendredi 3 juillet 2009