Quand tu regardes le train
le train qui passe sur les rails noir et gris
et que la pluie
dans le charbon des traverses
Fait une marre de suie
O, mon encre de violence et d'attente
si long est le voyage
si long
Le cahot des routes
La respiration d'un nuage dans les cuivre de Gardel
Et tout ce train de tangos argentins
Les cargo qui sifflent leur bouteille
De la mer aux altiplanos
San Salvador de Jujuy, Calchaquies
La Quebrada Del Toro
San antonio De LosCorbes
Que puis je contre le temps , ma noble ?
Je ne mange que la suie des traverses
Et la grande rayure de ces rails
Me barre le front d'ombre et de lumière
Comme le clapotis infini
Des persiennes de feu .
Je dépose mes offrandes de rien
Aux talons nus de la déesse
Conquistador accablé par le sang
qui pulse à ma jugulaire:
Si je pouvais je l'ouvrirai
Comme un robinet d'inoxydable fer
Et j'arroserai le désert pour changer mon âme en cactus.
Mais la lenteur des rails monte, monte
Vers le ciel sans air
Et tout s'essouffle, la machine,
la vapeur qui arrache aux nuages les secret de leur légèreté
Et même moi, je monte et je m'essouffle
Homme dans sa cabine
Homme cabine , si seul, si plein du monde pourtant
si seul, si plein des autres pourtants
Si seul , o mon encre de suie.
Je reviendrai sur le pas des nuages
Comme l'oiseau fou des Diaguitas
Et je tournerai dans le ciel pour me suivre à la trace.
Je ne perdrai pas une miette de la lente agonie du soleil
Car je veux que la nuit avale tout ce qui vient ici:
Les nuages et la vapeur grasse du train,
La suie qui va saignante dans le charbon des traverses
L'ombre des rails
Raye l'espace
Et fait le front bicorne
Des taureaux du silences.
L. D 2011
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